Patrick était très inquiet… La veille, après avoir lu un communiqué des plus surprenants concernant la Sté Fernston, il avait rejoint Paul au journal. Ils avaient discuté 15 petites minutes à la terrasse de la brasserie d’à côté et depuis pas de nouvelles. Il avait quitté Paul dans un état d’inquiétude proche de l’Ohio. Il n’arrivait plus à le joindre depuis... Il fallait qu’il prenne une décision… et vite !
Il y a maintenant plusieurs mois, Patrick avait reçu une lettre alarmante d’un dénommé Ephémère (un pseudo certainement, avait-il pensé). Il était le Responsable d’une Agence pour l’Emploi de Rennes et l’informait qu’une société Fernston à Rungis exerçait en fait une activité toute autre derrière leur façade de fabricant de propulseurs hydrauliques. Il supposait que l’entreprise employait du personnel non déclaré et certains faits étranges l’inquiétaient comme l’absence longue durée des candidats ayant postulé via son Agence…
… Fernston avait un dossier épais à l’Agence pour l’Emploi, de nombreuses annonces d’offres d’emplois restées sans résultat et pourtant… ce n’était pas faute d’avoir envoyer des candidats ! Le seul candidat embauché avait été le premier : Christian Chavalier, RH dans l’âme, qui correspondait exactement au profil demandé (une main de fer dans un gant de velours, un esprit vif, une personne de conviction, dévouée, droite, inébranlable mais avec une touche d’humanisme…) Le candidat avait été placé avec succès.
Avaient suivi des Hôtesse d’Accueil, de nombreuses Assistantes de Direction, certaines avaient bien plus que l’expérience demandée (finalement assez basique étonnamment pour un tel poste) et pourtant, cela faisait des mois que c’était le défilé et qu’aucune ne correspondait à leur demande. Le dossier avait été transféré à Ephémère quand la conseillère avait remarqué qu’aucune de ces femmes ne pointaient de nouveau au chômage. Des courriers leur avaient été envoyés, restés sans réponse, tout comme les appels téléphoniques. La conseillère supposait du travail au noir et avait donc remis l’affaire entre les mains d’Ephémère.
Le hasard avait bien fait les choses. En rentrant le soir, perturbé par cette histoire, Ephémère avait appelé un ami, Fram, Directeur d’une Agence d’Intérim. Qu’en pensait-il ? Fernston lui disait quelque chose… il fallait qu’il vérifie un truc demain et il le rappelait. Le lendemain matin, la surprise avait été totale : Fernston était bien cliente de Région Rungis Intérim Job, la boîte de Fram, ils avaient embauché en CDD des cuisiniers avec spécialisation dans la pâtisserie (chocolaterie serait un plus)… Des chocolatiers dans une Sté de moteurs hydrauliques ? C’était pas un peu bizarre ? L’enquête commençait…
Fram et Ephémère avaient multiplié les recherches pour tenter de trouver une réponse. Aucun des candidats potentiels ou embauchés en CDD n’avaient donné de signe de vie depuis leur passage dans ce qu’ils appelaient désormais l’ « antre » Fernston. Les boîtes aux lettres débordaient de factures impayées et de publicité, les voisins, indifférents, n’avaient rien remarqué. Seul dénominateur commun : la solitude… tous étaient célibataires, sans attache particulière, limite ermites… Il semblait évident que toutes ces personnes avaient disparu de la circulation, et ils commençaient à se sentir un peu responsables…
Ephémère pris l’initiative de la lettre à la DTE. Il s’agissait sans doute de travail au noir avec hébergement sur place, il fallait alerter les autorités sans plus tarder, cela n’était plus de leur ressort. Fram, quant à lui, était un casse cou, les risques ? il adorait ! Il fit alors une proposition : aller sur place. En bon Manager, soucieux de ses brebis (dont quelques une étaient bel et bien égarées), Ephémère ne s’était pas fait prier et c’est ainsi qu’ils avaient sonné le lendemain matin à la porte de Fernston.
Il avait été accueillis par une hôtesse d’accueil, Emilie, qu’Ephémère reconnut immédiatement comme étant l’une des postulantes (la photo du CV datait un peu, mais il mettrait sa main à couper que c’est elle). Quand ils se présentèrent, rien ne laissa supposé sur le visage de leur interlocutrice une gêne particulière. Elle les fit patienter dans une salle d’attente blanche, semée de plantes vertes, d’un distributeur de café, d’une fontaine à eau, de fauteuils crapaud flashy, d’une table basse flanquée de plaquettes de la société. Tandis que Fram s’approchait d’un intrigant portrait sur un des murs, Ephémère attrapait une plaquette commerciale. Quand, soudain, ils se regardèrent tous les deux en même temps.. une délicieuse odeur emplissait soudain la pièce… ce qui semblait être une délicieuse odeur de chocolat mêlée à celle de la framboise… Avant que l’un d’eux n'eut le temps de prononcer un seul mot, la porte s’ouvrit.
- Bonjour Messieurs, Christian Chavalier, Directeur des Ressources Humaines. Que puis-je pour vous ?
- Nous…
- Emilie m’a dit que vous étiez Responsables de l’ANPE et de RRiJ ?
- Oui, c’est exact. Nous souhaiterions faire le point et d'avoir un complément d’informations concernant des candidats de l’ANPE que nous vous avons envoyés et de cuisiniers que vous auriez embauchés en CDD, il semblerait que certains…
- Mais biensûr, venez donc dans mon bureau nous serons plus à l’aise… permettez, je vous précède. Suivez moi.
Ils suivirent Christian Chavalier jusqu’à l’ascenseur, là, il sortit une clé qu’il introduisit dans une serrure planquée et un cadran s’ouvrit. Fram lança un clin d’œil à Ephémère. Le DRH mis son doigt sur le 25 ème bouton vert du tableau de bord quand Ephémère tenta la discussion :
- Emilie est l’hôtesse que nous vous avions présentée en décembre de l’année dernière ? Nous sommes ravis qu’elle ait fait l’affaire ! Et au moins nous ne nous inquiéterons plus pour elle…
Imperceptiblement, Christian Chavalier blêmit. Son doigt glissa vers un autre bouton, rouge celui-là. Les voilà propulsés au 25éme sous sol de l’immeuble…
- Vous prendriez bien un chocolat ?
... Paul avait cru devenir fou. Tout se brouillait dans sa tête. Les chocolats, Sarah, Capucine, Link, Fernston… Et là Patrick lui disait que des jeunes femmes avaient disparu après avoir postulé chez Fernston, que le patron de l’ANPE du quartier avait aussi disparu après lui avoir envoyé une lettre alarmante… (il avait cherché à le joindre en vain… un jour sa collaboratrice l'avait appellé pour lui annoncé qu'on avait retrouvé sa voiture sur un parking, la police avait conclu à un vol mais la PJ avait pris les choses en main...) Qu’il commençait à penser que Fernston était un labo avec des cobayes humains… Paul s’était alors souvenu du message resté non lu dans sa boite vocale. Il crut s’évanouir en l’écoutant. Patrick lui arracha le téléphone pour entendre à son tour. Il blêmit. Paul se leva brutalement, fit tombé sa chaise et bouscula le garçon de café, partit en courant en lançant un « je t’appelle ! ». C’était la seule chose dont il se souvenait… Maintenant il était face à Christian Chavalier, avec une sacrée migraine et une bosse sur la tête.
… Link était zen en apparence, mais bouillait d’inquiétude au fond de lui. Capucine avait beaucoup d’importance à ses yeux, en fait, il l’aimait profondément. Comme on aime tout à la fois une sœur, une amie, une maîtresse, une épouse... L’alchimie entre eux deux était parfaite. Et là, il était très inquiet… ils avaient fait les 400 coups ensembles (il avait enfin trouvé son homologue féminin !) Dans quoi c’était elle encore fourrée cette fois-ci ? Il se connecta à sa messagerie depuis l’ordinateur de Capucine et envoya un mail à Flav.
« Salut Captain Flav , ai besoin de toi. Urgent. Vie ou mort. Problème de clusters »
Flav lui avait demandé d'être toujours discrêt, d'en dire le minimum et d'attendre qu'il le contacte...
Auteure : BJC
Photo : Ephémère 1 Ephémère 2
Qui prend la suite ?
Le temps presse pense Capucine après les révélations de Sarah. Lui a-t-elle dit la vérité? Si tel est le cas, la réalité de Sarah et le destin de son petit garçon Charly sont liés à elle, Capucine Rabulot. Pouvoir enfin lutter efficacement contre cette saleté de cancer serait à l'évidence un espoir fou.
- Pourquoi m’avez-vous enfermé ici au 25ième sous-sol et me faites-vous passez tous ces tests ? Et ces chocolats qu’ont-ils de particulier ? Et vous qu’elle est votre rôle ? Et …
- Stop! Arrête Charly. Je ne veux plus jouer. Tu es un petit garçon adorable, mais je ne veux plus jouer!
Oyez, oyez, chers lecteurs du feuilleton Drôle d'emploi, nous sommes au plus creux de l'été, mais ne me dites pas que certains ne sont pas derrière leurs ordinateurs!
Sarah me regardait en souriant. Je ne savais pas interpréter ce sourire. Etait-il de défi ? Compatissant ? Triomphant ? Méfiant ?
- Christophe Chavalier, pour me servir ? Enchanté, mais moins, beaucoup moins enchanté d'avoir été assommé par vos soins ! Ce fait nécessite quelques explications. Il faudrait m'en dire plus sur cet enlèvement, car il s'agit bien là d'un enlèvement !! Le motif a intérêt à être valable, Monsieur Chavalier.

Capucine pensa soudain à son frère Paul... Que devient-il donc ? pense-t-il à moi ? Elle sent bien que oui, bientôt il sera là, il viendra à son secours...Mais quand ? Elle se remémore de doux souvenirs vécus avec lui, il n'est pas possible qu'elle reste là, au moins vingt-cinquième étage, dans une cellule de 5 m2, entourée de mots et de mets en chocolat. 
Paul avait à peine tourné les talons que son téléphone sonnait... Sarah. Un coup d’œil furtif à droite et à gauche lui permit de trouver la petite porte qui menait sur l’arrière petite cour du bâtiment. C’était une cour bétonnée sur laquelle donnaient toutes les fenêtres des chambres des locataires et au fond de laquelle se trouvait une buanderie où chacun rangeait poussettes et vélos. Quelques géraniums pendaient aux rambardes des balcons, quelques fringues mouillées aussi. Paul chercha des yeux la fenêtre de Capucine. Rien de suspect.
Link regardait la porte fermée depuis quelques instants sans bouger quand il perçut la sonnerie du portable de Paul. Il se rapprocha de la porte, l’entrouvrit juste à temps pour voir Paul se diriger vers la cour. Il se déplaça, tel un chat, jusqu’à la fenêtre de la chambre de Capucine. Au travers du voilage bleuté, il distingua Paul qui inspectait les environs. « Trop méfiant pour être honnête » pensa il et il ouvrit très silencieusement la fenêtre. Les quelques mots qu’il entendit lui firent croire, à juste titre, que ce n’était pas un coup de fil pro. « Sarah… Tiens tiens ! Capucine n’est donc pas la seule à avoir des secrets ? Un point partout ! Bon il a l’air clean l’asticot… OK il a une Julie mais Capucine lui a bien caché leur relation… faisons lui confiance. De toute façon, j’ai besoin d’aide sur ce coup là…»
Paul et Link (alias "le chat") sont toujours dans le salon de Capucine.
Le billet écrit en situation de transe décrit une manipulation biologique du cerveau sur les hommes. Certaines couleurs, certains sons et l'absorption de chocolat à la framboise provoqueraient un état secondaire. Certaines émotions seraient alors contrôlées. Mais pourquoi faire ? Quel ce "codex" qui m'a été transmis et dont je n'ai conscience !!!

Tout cela est appétissant. Mon estomac n’a pas eu l’occasion d’honorer un tel festin depuis mon arrivée. Que ce merveilleux repas est tentant. Je prends la fourchette en plastique mise à ma disposition et m’apprête à manger lorsqu’une idée me traversa l’esprit. Cette nourriture est riche et goûteuse, tout comme ce chocolat étrange que l’on veut à tout prix me faire avaler, y aurait-il un lien ?
Je m’effondre sur le petit lit. Mes tempes continuent de picoter et je sens monter un vertige. Des E et des I tournent autour de la pièce. Je jette rageusement le ballotin de chocolat contre le mur. Vais-je continuer à me laisser faire par cette bande d’hurluberlus ? Que fait Paul ? Et Flav ? Un allié ou un espion ? Et si je ne leur obéissais pas ?

Vous dites....