Mais comment réfléchir dans cet endroit, cette pièce épurée m’étouffe, je suffoque, apportez-moi de la Dulux Valentine que je repeigne tout ça. Je rêve de tapis d’Orient, de Kilim, de sofas profonds aux couleurs chaudes. Je voudrais être à ce moment une chauve-souris suspendue au plafond, étendre mes ailes de velours noires et prendre mon envol jusqu’à la sortie de ce tunnel où la lumière artificielle m’aveugle, m’envoler dans le clair de lune. J’ai vraiment besoin de prendre d’air autant que de dormir. Ma vue se brouille, je suis fébrile, déjà une journée entière passée dans les entrailles de la terre avec un ascenseur pour seule issue, je dois me ressaisir et vite. Mon estomac me rappelle que mis à part quelques chocolats, je n’avais rien mangé de la journée…du chocolat, il me faut du chocolat…je pris soudain conscience de mon état de manque, cette fringale me fais perdre la tête, mes gestes deviennent lents et désordonnés. On allait venir me chercher sans doute, me ramener dans la chambre-cellule, à moins que… « Vous pouvez d’ores et déjà circuler librement dans le bâtiment… » avait dit l’homme providentiel qui m’avait sauvé des griffes de Miss Purdey, d’ailleurs sa soirée avec Paul a du être annulée pour qu’elle soit encore là à cette heure si tardive.
Mon esprit tout comme mon corps s’engourdit peu à peu mais réflexion faisant, mes pas me conduisent directement vers la porte. La main posée sur la poignée, les paroles du nouvel homme chassent mes maux, un mouvement léger de la main droite, et la lumière crue du couloir jaillit, « circuler librement »…

Auteur : Joëlle Jurkew

Suite épisode 18