- « Bonjour toi ! Tu m’appelles pour me dire que je t’ai manqué hier soir ? »
- « Bonjour Paul, bien sûr que tu m’as manqué… »
Le ton de Sarah n’était pas forcément celui d’une femme amoureuse, ni celui d’une femme à qui il aurait pu manquer. Les petites antennes de Paul se mirent en activité malgré lui.
- « ça n’a pas l’air d’être la grande forme ? Ils te laissent au moins un peu dormir dans ton labo ? »
- « Bien vu… je suis exténuée, du boulot par-dessus la tête. Paul… je suis sincèrement désolée mais je pense qu’on ne va pas se voir pendant un petit moment. Ma mission se précise, nos avancées font de grands pas chaque minute et ils ont vraiment besoin de moi ici. »
- « Mais Sarah… »
- « Paul, ne fais pas l’enfant… après on aura tout le temps pour nous OK ? De toute façon je te rappellerai. Profites-en pour faire un peu de place pour moi chez toi… »
- « Comment… mais comment tu sais ?? »
- « Tu parles beaucoup la nuit, Paul… désolée mais je connais tes projets depuis quelques jours déjà ! »
- « Et… Et tu acceptes ? Tu viens vivre chez moi ? »
- « Fais de la place pour l’instant c’est tout ce que je peux te dire… je te rappelle plus tard. Je t’embrasse… »
- « Sarah ? »...
Sans attendre la suite, Sarah avait déjà raccroché. Frustré et intrigué (c’est bien la première fois qu’on lui disait qu’il parlait la nuit. C’était plutôt l’habitude de Capucine) mais quand même heureux, Paul raccrocha à son tour et repartit sans avoir remarqué que le rideau de la chambre de Capucine bougeait imperceptiblement…

chat ordi Link regardait la porte fermée depuis quelques instants sans bouger quand il perçut la sonnerie du portable de Paul. Il se rapprocha de la porte, l’entrouvrit juste à temps pour voir Paul se diriger vers la cour. Il se déplaça, tel un chat, jusqu’à la fenêtre de la chambre de Capucine. Au travers du voilage bleuté, il distingua Paul qui inspectait les environs. « Trop méfiant pour être honnête » pensa il et il ouvrit très silencieusement la fenêtre. Les quelques mots qu’il entendit lui firent croire, à juste titre, que ce n’était pas un coup de fil pro. « Sarah… Tiens tiens ! Capucine n’est donc pas la seule à avoir des secrets ? Un point partout ! Bon il a l’air clean l’asticot… OK il a une Julie mais Capucine lui a bien caché leur relation… faisons lui confiance. De toute façon, j’ai besoin d’aide sur ce coup là…»

Link attendit la fin de la conversation pour revenir à son inspection de l’appartement. Heureusement Paul ne s’était pas posé la question de savoir comment il était rentré et n’avait pas remarqué les deux tasses à café laissées sur la table de la cuisine, souvenir d’un réveil à deux. En passant devant le bureau de Capucine, il alluma machinalement le PC. « Pass Word » Voyons voyons… avant de cracker le mot de passe, Link tenta deux ou trois petites idées et la quatrième fut la bonne : "acrostiche". Capucine avait sollicité l’aide d’un "parrain" pour la création de son blog, elle le surnommait Cyrano. C’était un fan d’acrostiches et Capucine s’amusait de ses commentaires déposés au fil des blogs et souvent rédigés en acrostiches. Elle trouvait ça génial… mouais… facile ! Il sentait monter une petite pointe de jalousie aussi il se plongea dans les dossiers du bureau.

Pas de messages parlants, des alertes OuestJob, Anpe et Apec, son horoscope « faites attention à votre santé, il serait peut être temps de cesser les sucreries. Côté professionnel, si vous êtes à la recherche de changement vous allez être servie, allez de l’avant et guettez les opportunités », quelques spam et autres pubs vulgaires… Côté agenda, le dernier RDV qu’elle ait noté était avec un certain Mr Chavalier à Fernston justement, lundi à 8h30. Retour dans la messagerie à la recherche de la convocation à l’entretien pour identifier l’adresse IP. « Bingo ! 102.9.104» Il manquait quelques chiffres mais c’était la seule piste sérieuse qu’il avait. Sitôt trouvée sitôt notée, puis Link alla sur le blog de Capucine.

Sur son billet « du nouveau ? », quelques commentaires, ceux de ses copines habituelles et virtuelles, de son Modérateur. Rien de transcendant. Link cliqua machinalement sur rafraichir. Le temps d’attente était anormalement long… Soudain un nouveau billet apparut, il n’était pas au bout de ses surprises…

Pendant ce temps là, Paul fonçait au pas de course au journal. Les idées s’entrechoquaient dans sa tête à vitesse grand V. Comment Capucine avait pu se mettre dans un tel pétrin ? Pourquoi ne lui avait-elle jamais parlé de ce « chat » branché ? Comment était-il entré dans l’appartement ? C’est marrant qu’il ait parlé de Flav , était-ce le même que celui qui animait ce blog plein de trucs et d’astuces pour les blogs sur lequel Paul surfait souvent ? Et Sarah… alors elle savait ?

De fil en aiguille, Paul se retrouva devant la porte du journal.
- « Ah enfin ! »
Paul sursauta, Patrick était campé devant lui, un journal sous le bras, l’air complètement pétrifié.
- « Bah ? Qu’est-ce que tu fais là toi ? t’avais pas une réunion ? »
- « j’ai tout annulé Paul, t’as lu les journaux ce matin ? »
- « Le mien en t’attendant chez Lucette. Pour la revue de presse, j’arrive à peine… qu’est ce qu’il se passe ? »
- « Fernston… ils parlent de Fernston»
- « et merde ! je croyais que tu gardais les scoops pour ton meilleur ami !?! »
- « c’est un communiqué de presse par une de leur filiale EVY au sujet d’un médoc contre le cancer à base de chocolat… »

Paul n’entendit pas la suite et crut qu’il se liquéfiait… Il suivit machinalement Patrick qui l’emmenait lui semblait-il à la terrasse du troquet d’à côté. EVY ? E.V.Y. ? Comme les initiales sur le jogging de Miss Purdey ? Non ce n’était pas possible… Il crut que le sol se dérobait, EVY, chocolat… Sarah… les chocolats de Sarah... Le ballotin pour Capucine... une coïncidence… c’est rien qu’une coïncidence… Mais sans savoir pourquoi, pour la seconde fois de la matinée, ses petites antennes se mirent en alerte…

Auteure : BJC

suite : épisode 33

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